REGARDS

La rubrique Regards rassemble mes photographies, prises au fil du temps et des lieux. Certaines sont accompagnées de textes qui évoquent les circonstances de leur naissance ou le ressenti qui les a fait émerger. Elle constitue un espace dédié à la perception, à la mémoire et à la trace des instants.

PROLOGUE

Je photographie depuis l’âge de seize ans, portée par le désir de retenir certaines présences du monde qui, sans cela, se seraient effacées. Je cherchais à prolonger le trouble discret qu’elles avaient fait naître en moi.

Mon regard s’est formé très tôt, à la lumière des photographies d'Henri Cartier-Bresson, Raymond Depardon et de Robert Doisneau, découvertes dans l’enfance. Leurs images m’ont appris que l’essentiel ne réside pas dans l’exceptionnel, mais dans l’attention portée à ce qui est déjà là, offert à qui sait voir.

Plus tard, la lecture de Marcel Proust a donné un sens plus profond à cette expérience. J’y ai reconnu cette manière singulière qu’a le temps de laisser subsister, au cœur du présent, des fragments du passé, rendus sensibles par une sensation, une lumière, ou un instant de présence.

Chaque photographie naît ainsi d’une rencontre. Certaines sont accompagnées de textes que j’écris, pour approcher ce qui m’a conduite vers elles ou ce qu’elles ont éveillé en moi au moment de leur prise.

La rubrique Regards rassemble ces instants. Elle est un espace où l’image, et parfois le texte, témoignent de cette attention portée au monde et à ce qui, en lui, persiste silencieusement dans la mémoire.

Celle qui avait un parapluie pour regarder le ciel

II. XXIV

Alors que je marchais sous la pluie, cette jeune femme a attiré mon attention.

Il y avait une petite pancarte dorée qui luisait à l’extrémité d’une baleine de son parapluie, on aurait dit les messages qui pendent des arbres au Tibet.

Je me suis amusée à imaginer ce que cela pouvait bien être et à suivre cette nouvelle passante.

Ce parapluie en forme de cloche.

Sa transparence. Son message doré.

Permettant de garder le plaisir d’observer la pluie tomber sur cette mer mêlant les tons de bleu et de gris, de s’amuser à regarder les goélands frapper le ciel de leurs grandes ailes et continuer leur quête de poissons, tout en étant protégée.

Ce parapluie, a rendu cette scène très poétique.

J’ai pris plaisir à tourner autour de cette jeune femme sans qu’elle ne se sente observée. Elle était pensive et à la fois contemplative.

 

C’est vrai que Nice est belle sous la pluie.

 

Lorsqu’elle a approché les chaises bleues emblématiques de la ville, mon coeur s’est mis à accélérer, l’adrénaline était à son maximum.

Allait-elle se placer au bout de cette magnifique ligne de chaises?

 

J’étais chanceuse aujourd’hui...

Elle s’est arrêtée.

À l’endroit parfait.

 

Et elle est devenue

“Celle qui avait un parapluie pour regarder le ciel”

L'envol

II. XXVI

J’étais en quête d’images, attirée par les oiseaux…

Lorsque j’ai levé les yeux et que j’ai vu cette corneille et ce goéland sur celle pergola si graphique, j’ai attendu patiemment, l’œil dans le viseur…

Puis, il a pris son envol et j’ai déclenché.

L'oiseau posé signe d'immobilité, l'oiseau en vol, signe de liberté. J'ai été attirée par cette métaphore du passage de l'état immobile à mobile.

La structure est rigide et géométrique.

L'oiseau est organique et vivant.

Cette image symbolique montre la coexistence de ces deux mondes.

Instant magique 🖤🤍